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Enfant d'avant

Préambule

Papa d'enfants dyslexiques, le suis-je également ? Probablement. N'ayant effectué aucun dépistage, je ne peux répondre avec certitude à cette question. C'est ma compagne qui rapidement a détecté la dyslexie des enfants. Certes, ils semblaient rencontrer quelques difficultés, mais je n'y voyais rien « d'anormal ». Hélas, son intuition fut par la suite confirmée.


Progressivement, certaines situations du benjamin m'ont interpellé. J'eus la curieuse et désagréable impression de vivre une rediffusion. Pourtant, ma scolarité, je l'ai soigneusement mis de côté. Pour avancer, il est parfois préférable de ne pas trop s'encombrer, mais avec nos petits dys, difficile d'occulter davantage cette lointaine période. Lointaine, car ma scolarité remonte au début des années soixante.



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Ying et yang

A cette époque, il faut bien l'avouer, la concurrence était rude. Ma sœur aînée de trois ans, était lumineuse en classe, toujours dans les premières et ramenant inlassablement de bonnes notes. Avec rigueur et opiniâtreté, je m'occupais des mauvaises. Complémentaires, nous étions brillants dans nos domaines respectifs. J'avoue qu'une permutation des rôles m'avait bien tenté, mais l'alternance demande d'être polyvalent et ma sœur n'était pas très douée dans mon registre…



Le début de la fin

En CP, je fus rapidement dépisté comme un écolier à la peine.

Parents et enseignants voulurent en connaître la raison. Une première cause leur sauta aux yeux : j'étais gaucher ! Tout comme ma sœur d'ailleurs, sauf que moi, j'avais sûrement dû l'imiter. Contrairement à elle, mon écriture laissait franchement à désirer. En ces temps reculés, nous utilisions la plume « sergent major », accessoire utile pour faire des fléchettes et des pâtés… Je plaçais également mon cahier de travers et écrivais verticalement. Ça devait en perturber plus d'un. C'est donc en toute logique que la piste du faux gaucher fut explorée. Mauvaise pioche, je suis resté gaucher et je noircis toujours mes documents positionnés de manière aussi peu orthodoxe.


L'investigation s'est ensuite orientée sur ma vision. La piste du « myope comme une taupe » fut exploitée. Et hop, le p'tit bonhomme chez l'opticien.


Le spécialiste voulut que je nomme des lettres et des chiffres. Comme je ne les déchiffrais pas très bien, par prudence, je décidais de rester silencieux. Devant ma mauvaise volonté à participer au dépistage et mon attitude de poisson rouge, les parents haussèrent le ton.


Perspicace, l'opticien modifia sa stratégie et posa son diagnostique à l'aide de dessins. Une « technique pour bébé », fut-il utile de me préciser en sortant. Cette constance que j'avais à faire honte aux parents perdurera quelques années. Bon, l'hypothèse de la taupe fut, elle aussi, abandonnée.


Faire de moi un droitier à lunettes avait donné quelques espoirs. Il fallut se rendre à l'évidence, il ne restait plus que deux cartes à tirer dans la famille « Écolier avec lequel l'enseignant n'arrive à rien », celle du sot ou du fainéant. J'ai hérité des deux. Avec un tel jeu, j'éprouvais une certaine appréhension à poursuivre la partie.


Faire un effort

Au départ, ma mère m'avait aidé, soutenu. Mais mes résultats n'étaient pas à la hauteur de son investissement. Un frère et deux autres sœurs suivaient derrière, les tâches et préoccupations maternelles ne manquaient pas.


Et puis, où était le mode d'emploi ? Quel levier actionner pour faire progresser un zigoto tel que moi ? Même l'apprentissage du laçage de mes chaussures était ardu. Idem pour me faire trouver ma gauche de ma droite. Pas vraiment facile comme gamin ! Aurais-je dû faire plus d'efforts ?


J'ai le souvenir que cette demande fut récurrente. Elle avait plusieurs variantes. La sollicitation douce : « Allons, fais un effort ». La requête irritée : « Mais non d'un chien, tu pourrais faire des efforts, oui ! ». L'attaque par les sentiments : « fais un effort, fais-le au moins pour moi ». Cette dernière est un tantinet culpabilisante. Si on ne s'améliore pas, c'est que l'on n'aime pas sa maman chérie d'amour.


En plus d'être fainéant, un élève en difficulté, aurait-il un affect déficient ?


Pas pareil

Je préférais probablement rentrer à la maison la tête basse avec mon éblouissant carnet de notes. J'étais sûrement friand des sanctions qui allaient suivre et je devais trouver valorisant d'être catalogué comme un piètre élément en classe.


Je me rappelle avoir planché sur mes livres et cahiers, pendant que le reste de la famille se détendait. J'étais endurant, capable de rester le week-end des heures, seul avec mes devoirs dans la cuisine. Ma mère venait régulièrement me voir, m'expliquait ou me faisait réciter, puis repartait contrariée. Trouvant le temps long, j'explorais les placards de la cuisine, grignotais du gros sel. Je m'occupais comme je pouvais en attendant ma libération.


Terminus tout le monde descend

Puis, un jour, cela devait être en en CE2 ou CM1, probablement par épuisement ou par lassitude, les deux et peut-être plus, les parents ont jeté l'éponge.


La sentence était tombée : nul j'étais, nul je resterai. Les choses étaient claires, on ne ferait pas grand chose de moi. Il était vain de perdre indéfiniment son temps.


Même pas mal

Loin de m'affliger, ce verdict me libéra d'un poids. On allait enfin relâcher la pression, ne plus me harceler. J'allais avoir la paix et l'ambiance à la maison pourrait s'améliorer.


Ce soulagement fut accompagné d'un peu de tristesse. Je n'avais plus rien à démontrer. Je ne pouvais plus décevoir, mais leur renoncement prouvait à quel point, j'étais affligeant, incapable de répondre à leurs attentes. Attentes que semblait combler la majorité des autres enfants. Pourquoi n'avais-je pas eu la chance de faire partie des élèves ordinaires ? J'aurais aimé me fondre dans la masse. Être juste moyen m'aurait comblé. Mais non, je me faisais distinguer dans un rôle peu plaisant, celui de cancre. Je me sentais injustement catalogué tout en sachant que je ne parvenais pas à infléchir ce jugement. Progressivement, je me suis replié sur moi. J'avais des copains, mais je ne recherchais pas particulièrement l'amitié.


Dessine moi un mouton

Un divertissement m'a souvent remonté le moral : le dessin. Petit, je dessinais bien. Mon écriture de gaucher était indigeste, mais mon coup de crayon était agréable. Allez savoir pourquoi…


Cette facilité pour dessiner m'a probablement protégé. Nul peut être, mais pas en tout. En classe, je pouvais briller, épater. Pour mon entourage, cette facilité n'avait pas grande importance. A l'époque, le dessin était considéré comme un loisir, une distraction sans intérêt et surtout sans véritable avenir.


Tout comme notre benjamin, petit, j'aimais également les puzzles. Je venais à bout des plus ardus à la surprise des plus grands. Cela, aussi, ne m'a pas servi à grand-chose, juste à pétiller par moments.


Belles images

J'adorais lire les bandes dessinées. Enfin, je regardais juste les images. Je ne me suis intéressé au contenu des bulles que plus tard. Cette méthode avait un avantage, celle de redécouvrir toutes les BD entassées dans le placard.


Le plaisir pour les « livres sans image » est venu vers mes 17 ans. C'est avec Hercule Poirot et Miss Marple que j'ai franchi cette étape. Après avoir épuisé l'ensemble des écrits d'Agatha Christie, je me suis ensuite tourné vers d'autres auteurs. Je lis vite. Trop vite, peut être. J'ai tendance à survoler certains mots, comme les noms propres. Les retenir me demande un effort pas toujours récompensé, alors j'ai pris la fâcheuse habitude de ne plus tenter de les mémoriser.


Hippocampe consternant

J'ai failli oublier de parler du plus important : ma mémoire. Enfin, quand je dis mémoire, je pense passoire, désert, absence, vide, néant, trou noir, au voleur…


L'intelligence et la mémoire sont deux choses différentes. Mais suivre un enseignement sans cet équipement de base devient assez vite compliqué. Avoir une mémoire déficiente ne facilite pas l'acquisition des connaissances. La majeure partie de l'instruction repose sur cette compétence.


Bizarrement, j'ai pris conscience de cette faiblesse qu'à la fin de ma scolarité. Cette mauvaise mémoire de travail n'avait jamais été prise en compte. Elle faisait partie de mon package de cancre. Plus tard, j'ai acheté des livres sur le sujet, médité sur la fameuse théorie que la mémoire est un muscle et qu'il suffit de le faire travailler. J'ai pratiqué l'haltérophilie neuronale sans véritable succès.



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Rêveur

Mal mémoriser est une situation désagréable et laisse votre entourage perplexe. On perd en crédibilité. Comment convaincre que vous êtes resté des heures sur une récitation, des tables de multiplications, alors que votre restitution est laborieuse ? Comment faire admettre que bien qu'attentif, vous ayez du mal à répéter à l'identique ce qui vient d'être dit ou lu ?


« Tu peux répéter ce que je viens de dire ? »

« Euh, je ne sais plus »

« Tu feras cent lignes pour demain : je ne rêve pas en classe, je dois écouter la maîtresse. »


L'énoncé peut différer : « ne se concentre pas assez », « n'écoute pas suffisamment», « toujours dans la lune »…


Parfois, les mots sont comme une énorme savonnette, difficile à saisir, à retenir. Rester concentré n'est pas toujours évident. L'esprit souvent vagabonde. Un détail, un bruissement et la pensée dérive subrepticement.


A quoi bon

Certaines situations se suivent et se ressemblent. Lors d'interrogation par exemple, on cherche l'information, on croit la trouver mais on hésite, on prend alors une autre piste, on se lance et… on se plante. Avec le temps, on accorde de moins en moins de crédit à cette satané mémoire. Le doute prédomine et par expérience, le silence semble préférable. De toute façon, un autre élève finit toujours par donner la réponse à votre place. Et aussitôt, on pense « Mais oui, c'est ça ! Je le savais ! ». Le dire ne servira à rien, juste à passer de surcroît pour un imposteur.


Avec le temps, on ne souhaite plus faire d'effort. Une leçon apprise qui part systématiquement aux oubliettes, des mots cent fois copiés, mais dont l'orthographe s'échappe continuellement. A quoi bon persévérer, cela semble superflu.


Pour faire face à cette déficience, on met alors en place des stratégies de camouflage, comme celle de rester silencieux ou de dissimuler ses fautes d'orthographe par une écriture brouillonne, voire indéchiffrable.


Passoire peut-être, mais ordonnée.

Je rangeais soigneusement ma chambre. Il n'était pas question que mon environnement soit le pendant de mon bazar cérébral. Mon bureau devait être nickel. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. Mon espace se devait d'être validé « 5S », comme la méthode japonaise. Si le cerveau ne savait pas retrouver les éléments que je lui confiais, je décidais de maîtriser mon territoire extérieur. Maniaque ? Pas vraiment au demeurant. J'avais surtout envie de retrouver mes affaires sans trop peiner. Le désordre est le privilège de ceux qui se souviennent.


Retard à l'allumage

Pendant ma scolarité, certaines matières se sont débloquées toutes seules. Alors, qu'auparavant, malgré de longues explications, une logique soi-disant évidente à comprendre, je n'y arrivais pas. Par abattement, ou pour avoir la paix, je pouvais répondre « oui, oui, j'ai compris », alors qu'il n'en était rien.


Il en a été ainsi avec les fractions. Elles me semblaient complexes, puis un jour, elles furent simples à comprendre. Les données étaient présentes, stockées, mais inutilisables en l'état. La méthode enseignée n'avait pas fonctionné immédiatement. J'ai eu besoin de me l'approprier, la décoder, l'adapter à mon raisonnement. Il en est toujours ainsi.


Cette particularité est parfois un point fort. Il m'arrive pour des raisons professionnelles de devoir communiquer sur des sujets que je trouve au préalable fort complexes. Je les décortique afin de mieux les appréhender. Quand ils deviennent plus limpides pour moi, je sais par expérience que j'en ferai une restitution juste et simplifiée, comprise dès lors par le plus grand nombre.


Oubliez-moi

Dans la classe, j'ai dû occuper plusieurs places, mais c'est au fond (comme la caricature) que je me sentais le mieux. Ma hantise ? Etre au premier rang. Je ne souhaitais pas être sollicité, juste que l'on me laisse tranquille. A quoi bon…


Étonnamment, je ne pense pas être parvenu à rester un élève paisible et discret. Quelques punitions me reviennent encore en mémoire. Cela allait de l'étirement de l'oreille à vous faire craquer le cartilage, à celui des pattes qui vous mettaient sur la pointe des pieds illico avec les larmes aux yeux. Il y avait aussi les coups de règles ou de compas en bois sur le bout des doigts, qui rendaient hilares les copains lorsque juste avant l'impact, vous aviez osé retirer votre main. Puis les sempiternelles « lignes » qui occupaient laborieusement les soirées…


Confiance en qui ?

Ce fondamental dans l'épanouissement d'un individu, je devais au départ probablement en être un peu doté. Mais cette foi en ma capacité à réaliser quelque chose est devenue progressivement plus dure à maintenir.


L'assurance a laissé la place au doute, qui ensuite est devenu une certitude antagoniste : je n'y arriverai jamais. Les autres oui et c'est normal, mais moi non et c'est normal également. On me l'a dit et répété, je l'ai maintes fois prouvé : J'étais nul, un bon à pas grand chose !


- « Encore une mauvaise note, ce n'est pas possible. T'es un idiot ou quoi ?»

- « Ben non, j'suis pas idiot. »

- « Eh bien prouve-le, en nous ramenant de bonnes notes ! »


En obtenir une, n'est pas de tout repos. Je me rappelle qu'un jour, j'avais obtenu une note gratifiante. Moi, une bonne note, c'était forcément suspect. La maîtresse décréta que j'avais dû copier sur mon voisin. Fort de ma bonne foi, j'ai contesté et assuré que c'était peut être l'inverse. Tollé général, les parents sont entrés dans la danse. Résultat, ma note et celle de mon voisin ont diminué de moitié.


Recette

Pas facile de se forger un mental de gagnant. Par contre, pour obtenir celui du perdant, la recette est simple : prendre une mémoire et une concentration défaillantes, une démission parentale, une dose de découragement, une louche de manque de confiance en soi, puis mélangez le tout.


Régulier

En primaire, d'après mes souvenirs, au classement général, je me situais dans le peloton de queue. J'en ai conservé le goût d'être en retrait, à l'écart. Cependant, Je n'ai jamais redoublé. Etait-ce que mes résultats n'étaient pas suffisamment calamiteux ? Ou bien, les différents enseignants ne souhaitaient pas devoir me supporter une année de plus et comme une patate chaude, me repassaient aux collègues de la classe supérieure. Je l'ignore.


Quoi qu'il en soit, resservir les mêmes plats scolaires une année de plus, sans changer la façon de les préparer, me laisse encore perplexe. Le labourage est une chose et la façon de semer en est une autre.



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Premier aiguillage

Vers la fin du CM2, il ne fut pas jugé utile de me faire passer en 6ème. On m'orienta d'office vers une autre voie. Ce fut une année bizarre où je ne voyais pas trop ce que l'on attendait de moi. Nous étions probablement une classe d'indécrottables. L'année fut neutre, remplie de peu de chose... Je regrettais mes copains partis, eux, au collège.


Autre année blanche

L'année suivante, la famille déménagea dans une autre ville de la banlieue nord de Paris, que l'on nomme le neuf trois. Changement de décor et d'ambiance. Faire attention à ses petites affaires, à ne pas être la tête de turc d'un redoublant récidiviste était la règle de base. Là, j'ai connu quelques moments épiques. Je devais me cacher d'un escogriffe qui voulait me « démonter la tête ». A l'époque, je faisais de l'athlétisme, cela m'a été utile. Néanmoins, j'avais demandé à mes parents de m'inscrire au karaté. Ils ont refusé. J'ai poursuivi alors mon entraînement lors des récrées. Ce fut une année exténuante. A la fin, dans cette classe fourre-tout où certains élèves étaient plus grands que le maître, mon niveau avait encore dégringolé.


Tenace

Effrayée, ma mère m'envoya l'année suivante dans le privé. Pour une famille de cinq enfants, c'était un effort financier important. Elle était peut-être fatiguée de me « porter », mais pas encore décidée à me lâcher. Heureusement, elle ne le fera jamais. Mon jeune jeune frère et mes deux sœurs n’auront pas cette chance, la maladie l’emportera prématurément. Mais ça, c'est une autre histoire.


Deuxième aiguillage

Dans ce nouvel établissement, à quatorze ans, j'obtins mon certificat d'études. Puis vint l'instant de me « découvrir » une destination, un métier. Je me souviens de l'instituteur qui tentait de justifier le bien fondé de mon orientation. A ma mère, il dit ceci en conclusion : « Madame, il n'y a pas de sots métiers, il n'y a que des sottes gens ». Celle-ci en a pleuré et je me le suis fait, bien évidemment, reprocher.


Ma mère me voyait dessinateur industriel mais, mes notes en mathématiques en avaient décidé autrement. La phrase de ce vieil enseignant ne m'a jamais quitté. Comme je regrette le portrait qu'il avait voulu que je dessine de lui. Le fourbe, me faire le coup de la patate chaude assaisonnée aux sottes gens.



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Scions du bois

Pour apprendre mon futur métier, qui lui, n'était pas sot, j'ai donc changé à nouveau d'établissement. Pendant ces années, j'ai raboté, scié, étudié et obtenu un CAP de menuisier.


L'orientation vers un métier manuel ne fut pas problématique. Avais-je le choix ?


Pourtant, le bricolage n'était pas une activité franchement familière et familiale. Mais le travail du bois était plaisant. La fabrication d'objets à partir de planches était valorisante, concrète. De plus, l'alternance entre les cours et les travaux pratique rythmait mieux les semaines. Etre actif était bien plus agréable. J'étais moins inerte, passif, à écouter avec langueur des cours à longueur de temps (soupirs).


Là, j'ai découvert que je préférais utiliser les outils avec ma main droite. Pourtant, j'écris et je dessine de la main gauche. Pourquoi mon coup de scie est précis à droite et mon trait crayon à gauche ? Sûrement pour ne pas faire de jaloux. Plus tard, j'ai découvert que mon œil directeur était le gauche, alors que je me positionnais comme un droitier…. Actuellement sur ordinateur, je dessine avec la souris de la main droite et de la gauche avec le stylet. J'aime me brosser les dents avec la gauche, me raser avec la droite… En résumé, je suis un peu brouillon. Néanmoins, pourquoi décider qu'une main doit effectuer tout le travail et l'autre faire de la figuration ?


Nous avions des cours de dessin industriel, où il fallait apprendre à écrire en « écriture bâton ». Cette technique, jugée au départ rébarbative, me convenait bien. Je l'adoptai au quotidien et mon écriture gagna un peu en lisibilité. La technique du camouflage était révolue. Enfin, presque.


Cette dernière partie de ma scolarité s'est déroulée sans difficultés majeures. Les mathématiques, où je coinçais toujours un peu, se sont débloquées quelques semaines avant l'examen. Certains de mes camarades ont souhaité poursuivre leurs études. Je n'eus pas le goût de continuer. A 18 ans, mon diplôme de castor en poche, je suis entré dans la vie active.



Epilogue

Mon parcours fut ce qu'il a été. Acteur principal de ma scolarité, je ne blâme que moi.


C'est le primaire qui m'a laissé le plus d'amertume. Difficile d'apprécier un endroit qui régulièrement, vous renvoie une image de vous peu flatteuse et vous donne l'impression de vous enfoncez chaque jour davantage.


Heureusement, il y a une destinée après l'école. La route est longue et les carrefours nombreux.


Je n'ai que rarement exploité ma facilité pour le dessin, même si celle-ci a quelquefois influé mon parcours. En fait, j'ai très peu dessiné, donc peu progressé. « Sans travail, un don est une sale manie ». Et l'on pourrait rajouter « Avoir du talent, c'est avoir foi en soi-même, en ses propres forces ». Ce dernier point semble m'avoir fait longtemps défaut et a irrité certaines personnes qui ont croisé mon chemin.


Découvrir sa dyslexie, même tardivement, est une bonne chose. L'estime que l'on se porte se modifie imperceptiblement. Ainsi, je n'étais pas un âne ou un fainéant, mais dyslexique. Cette prise de conscience n'apporte pas de remède miracle, mais elle peut arrêter le processus de dévalorisation et permettre une meilleure lucidité sur ses propres manques pour mieux tenter de les compenser.


Parents

Les méthodes d'apprentissage scolaire ne semblent pas toujours opérantes sur les dys. Les parents doivent rechercher celles qui permettront à l'enfant d'avancer, de progresser. Un enfant dyslexique est un grand consommateur d'énergie et de temps. Les efforts ne sont pas toujours récompensés dans l'immédiat. C'est un travail au long cours.

Sans soutien, les enfants dyslexiques s'épuisent, se découragent et abandonnent. Mais, déposer les armes reviendrait à admettre que leur niveau scolaire est le reflet de leurs capacités. Or, nous savons qu'il n'en est rien. Il est donc important de les assister, de se faire aider, de continuer de croire en leur potentiel afin de préserver leur confiance en eux.

Ecole

C'est généralement au début de sa scolarité que l'on découvre la dyslexie d'un enfant. La particularité des dyslexiques est aujourd'hui mieux connue. Parents, éducation nationale, tout le monde sait. Pourtant trop d'incompréhensions demeurent. De mauvais comportements sur les enfants et des attitudes de mépris envers les parents perdurent. Ce qui pouvait être acceptable auparavant, est inconcevable aujourd'hui. Souhaitons que la prise de conscience se généralise encore davantage, qu'elle se formalise plus rapidement et surtout que l'on s'en donne vraiment les moyens. On évitera ainsi de continuer un jeu de massacre sur des enfants différents et intelligents. L'école se doit d'être un lieu d'épanouissement pour tous.



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