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Primaire : CP

La rentrée au CP pour notre grand n'est pas synonyme d'allégresse. Nous savons qu'il n'affectionne pas trop les changements. C'est donc avec appréhension et réticence qu'il débute sa primaire.

Premier point

Au milieu du premier trimestre, juste avant les vacances de la toussaint, nous rencontrons sa maîtresse pour un premier bilan : Notre fils n'est pas un grand expansif - Nous le savions déjà. Il  apprend difficilement l'alphabet. Certaines lettres, comme le « h » et le « k »,  semblent êtres des éternelles étrangères.

La lecture

A l'école, la méthode semi-globale est appliquée. Les enfants avancent progressivement. Jour après jour, page après page, ils découvrent de nouveaux mots. Le soir à la maison, nous constatons que notre fils suit bien son livre de classe, mais il ne semble pas entrer dans la lecture. Il ne lit pas, il récite. L'enseignante nous rassure : il ne pourra pas se souvenir du livre en entier et deviendra dès lors lecteur.

Les jours passent et notre fils est capable de nous lire, semble-t-il, de nombreuses pages de l’ouvrage étudié. Il énonce les mots, le doigt sur la ligne, en parfaite synchronisation avec le texte, respecte à la perfection les pauses sur les virgules et les points. Mais, quand nous lui proposons d'autres livres, il refuse de les déchiffrer.

Surprise

Nous sommes sceptiques. Après plusieurs tests et en discutant avec lui, il finit par nous dévoiler sa méthode : il mémorise entièrement les textes travaillés en classe. Il connaÎt ainsi son livre par cœur. Même si le texte s'allonge, cela ne lui pose aucun problème pour le retenir.

Une mémoire d'éléphant

Nous découvrons avec étonnement, l'excellente mémoire de notre enfant. Elle lui permet de singer l’acte de lire et de donner le change en classe. Par contre, il refuse d’aller au tableau et ne s’y résigne qu’une fois menacé d’être puni chez le directeur.

Plus tard, il perfectionnera son subterfuge. Quand un mot sera difficile à déchiffrer, il le remplacera par son synonyme ou, les jours de fatigue, par un mot commençant par la même syllabe.

dessin dys moi tout

Changement de technique

Nous décidons alors de l'aider. Après quelques tâtonnements, nous mettons en place plusieurs dispositifs.

Pour lui faire reconnaitre les lettres de l'alphabet, nous éditons des planches imprimées avec différentes polices de caractère. Nous découpons les lettres en vignettes. Nous achetons un tableau magnétique avec l’alphabet. Parallèlement, nous dénichons sur Internet des petites applications ludiques pour l'entraîner régulièrement à la reconnaissance des lettres. Nous changeons souvent de support afin d’éviter l’ennui.

Pour la lecture, nous nous aidons de méthodes plus traditionnelles (syllabiques) comme celle de Boscher et Delile. Nous découvrons également la « planète des alphas » : méthode amusante, reconnue par l'Unesco, qui plaira beaucoup à notre enfant et le fera progresser. Elle personnifie les lettres de l'alphabet tout en mettant l'accent sur le son que chacune produit.

Le calcul

En cours d'année, nous constatons qu'il éprouve aussi quelques difficultés avec le calcul. Il travaille avec la méthode Picbille. C'est un apprentissage sur des objets qui sont structurés comme les doigts, avec les repères cinq et dix. Cette méthode nous semble bonne. Les additions lui posent tout de même problème.

Alors à la maison, en complément, nous découpons des buchettes en carton coloré : les jaunes étant les unités et les rouges les dizaines. Nous cherchons à l’aider à mieux  visualiser les quantités par la manipulation. Dans ses opérations, quand il totalise dix barrettes jaunes, il les remplace avec une barrette rouge puis, continue à compter avec les jaunes.

Psychothérapie, le retour...

A mi-parcours, on nous parle à nouveau de suivi en psychothérapie. Nous refusons fermement en rappelant que le psychothérapeute, qui l'avait suivi pendant deux ans, nous avait conseillé de faire une pause et d’accepter le caractère timide de notre enfant.


AU SUIVANT

Deux ans plus tard, c'est au tour du petit frère d'aborder le CP. À l’opposé, il le fait avec énergie, se montrant joyeux et volontaire. Rapidement, il déchante. Ce sera pour lui, le départ d'un parcours scolaire particulièrement douloureux.

On nous informe qu'il a du mal à rester concentré, qu'il écrit tous ses chiffres à l'envers, beaucoup de lettres aussi. Il confond tous les sons et n'arrive pas à apprendre l'alphabet. La scission des mots n'est pas bonne. Chaque syllabe peut être écrite détachée de la suivante ou au contraire, tous les mots sont liés les uns aux autres comme un petit train. Dans les bons jours, l'écriture est phonétique. Sinon, l'enfant à partir de ces bribes, qui n'ont pas de sens pour nous, arrive à reconstruire un discours cohérent.

Et rebellote

La pertinence de ces propos, la syntaxe correcte à l'oral feront dire à l'enseignante que son problème est purement psychologique. Comme pour son frère, il nous sera demandé de commencer une psychothérapie.

A croire qu'ils touchaient des commissions dans cette école ou alors, c'était pour nous faire bénéficier d'un tarif de groupe.

Pour dénicher les problèmes psy, les enseignants se sont toujours montrés prompts et obstinés. Quel dommage qu'ils ne le furent pas pour suspecter des problèmes dys.

Bonne volonté

Nous acceptons pour l'aider de commencer un suivi. Scrupuleux, il refuse de manquer l'école pour se rendre à un rendez-vous médical. Pourtant, que de fois durant le primaire, il éclatera au retour de l'école et nous racontera ses humiliations en pleurant. Nous choisirons donc, un centre qui pourra recevoir notre petit dernier, le mercredi matin. La maman décide de travailler à quatre-vingt pour cent afin d'avoir chaque semaine son mercredi de libre.

Nous utilisons aussi les mêmes outils que pour son frère, mais les résultats ne sont pas aussi probants. Il ne bénéficie pas d’une bonne mémoire. Bien au contraire! On a même parfois l'impression de repartir à zéro, chaque jour.

Les devoirs maison

Les devoirs à la maison prennent énormément de temps et il nous faut fréquemment faire l'impasse sur certains. Les week-ends, nous reprenons les matières et essayons de consolider les acquis qui ont une fâcheuse tendance à s’évaporer.

Cette mémoire versatile est pénible. Surtout pour l'enfant. Comme Pénélope, il doit se remettre à l'ouvrage et revoir les cours passés. Il est rageant et blessant pour lui de reprendre des leçons apprises les jours précédents et presque oubliées le lendemain. Mais, nous n'avons pas le choix. C'est par la répétition que nous avançons un peu.

Endurance

Souvent la fatigue nous gagne tous et nous finissons par manquer de patience. Après une journée de travail, nos réserves d'énergie sont moindres. Dans ces moments là, nos propos ne sont pas toujours heureux et notre petit garçon a parfois de grandes colères où il finit par s'en prendre à lui ou à ses jouets. Il déclare sentencieusement : « c'est fini pour moi ».

Dans ses grands jours de dramaturge, il annonce qu'il n'aurait jamais dû nous choisir comme parents, qu'il va changer de famille et fait mine de quitter l'appartement. Ses escapades se limiteront au palier.


ANECDOTES

Les ateliers bleus

Dans les écoles élémentaires publiques parisiennes, une alternative aux études surveillées est proposée grâce aux ateliers bleus. L'objectif est de permettre aux élèves de découvrir, après l'école, des activités culturelles, scientifiques ou sportives.

Nos enfants décident de s'y inscrire. L'un choisit les échecs et le plus jeune au CP, le karaté. Les disciplines sélectionnées correspondent assez bien à leur tempérament.


Le karaté

Ce sport offre l'occasion de déverser son trop plein d'énergie. Ce défoulement physique apporte également à l'enfant discipline, concentration, coordination, confiance en soi et équilibre.

En fin d'année, a lieu le passage de ceinture. Cette étape valide le niveau de mémorisation et de maîtrise des différents mouvements appris en cours d'année. Lors de ce petit examen, les enfants doivent réaliser un kata. C'est un combat imaginaire qui permet d'enchaîner différentes techniques de karaté.


Le kata est une cata

Le jour venu, les enfants de même niveau réalisent un kata devant les juges par petits groupes.

Notre fiston éprouve de grandes difficultés à effectuer convenablement cette succession d'attaques et de contre-attaques. Ses déplacements sont confus, hésitants. Ses enchaînements hasardeux. Il semble perdu, égaré au milieu du groupe, incapable de suivre le rythme de cette simulation de combat.

Au regard de sa prestation, souhaitant lui offrir une deuxième chance, un professeur le prend à part et le fait répéter de longs moments. Notre karatéka reste volontaire, refuse d'abandonner et reprend inlassablement l'exercice. Malgré ses efforts, il ne gagnera pas de nouvelle ceinture.


Des déductions parfois erronées

Au cours de l'année, le papa avait demandé au petit « Bruce Lee » de faire une démonstration. Elle ne fut pas brillante. Nous lui avons aussitôt reproché un manque d'implication à l'entraînement et nous lui avons demandé plus de sérieux dans la pratique de ce sport.

Cette déduction un peu trop rapide, nous la retrouvons fréquemment à l'école. Quand le résultat scolaire n'est pas satisfaisant, la première hypothèse retenue par l'enseignant, est un manque de travail, de sérieux ou d'implication. Hors, cela n'est pas toujours le cas, surtout chez les dys.

Le karaté a donc été un révélateur. Il nous a permis de prendre conscience d'un autre trouble chez notre enfant. Il n'arrivait pas à mémoriser une série de mouvements dans l'espace.


Double sanctions

Par manque de connaissance, il est difficile d'imaginer qu'un enfant ait pu dépenser de l'énergie et du temps pour apprendre un kata, une poésie tandis qu'il est incapable de respectivement l'effectuer ou la réciter convenablement.

A l'école, à la faible note, vient alors s'ajouter dans la marge des commentaires tels que : "manque de travail", "n'a pas appris sa poésie, sa leçon, ... ".

Propos inexacts et injustes quant un enfant s'est investi dans ses activités.

Recevoir les annotations "doit retravailler cette matière", "ne connaît pas suffisamment sa leçon", serait plus approprié.



Tel père, tel fils

A plusieurs reprises, l'effet miroir, avec le plus jeune de la famille, a permis au papa de mieux comprendre certaines situations passées et de découvrir sa propre dyslexie.

Il se rappelle...

il y a quelques années, il avait pratiqué le karaté et son cauchemar était justement les katas.

Il les répétait sans cesse, s'entraînait sans relâche. Mais, au milieu du tatami, il se retrouvait le cerveau vide, ne sachant plus comment enchaîner, ni de quel côté s'orienter. Du coup, l'énergie était principalement concentrée dans la remémoration des déplacements, au détriment de la technique qui devenait hésitante, inachevée.

Que d'heures passées pour un résultat que d'autres obtenaient en beaucoup moins de temps. C'était exaspérant et incompréhensible. C'est une petite consolation, aujourd'hui il en connait la cause.


dessin dys moi toutSI C'ETAIT A REFAIRE

Nous sommes plutôt partisans de respecter les rythmes de nos enfants. Nous les stimulions, mais ne souhaitions pas les contraindre prématurément à l'apprentissage de la lecture ou du calcul. Nous ne voulions pas nous substituer à l'école, lieu de ces découvertes.

Compte tenu de leurs difficultés, avec le recul et au regard de certains témoignages, si nous avions à recommencer, nous anticiperions davantage les premières étapes scolaires. Cette petite avance aurait permis de revoir à l'école des points abordés à la maison. Nos enfants ne se seraient pas trouvés en terrain inconnu. Les situations bloquantes ou d'échecs auraient peut-être été plus rares. Cela aurait pu leur donner plus d'assurance.

Au lieu de suivre les recommandations scolaires et de dépenser notre énergie chez un psychothérapeute, nous donnerions la priorité à une demande de consultation chez un neuropédiatre dans un centre référent des troubles de l'apprentissage, pour obtenir un diagnostique pertinent par une équipe de spécialistes. Les délais avant le premier rendez-vous étant très longs, il est préférable de s'y prendre le plus tôt possible.

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